Crédits photo: hYrtis

11.01.2016

Sa scie musicale pleure Bowie

En mars dernier, le site officiel de David Bowie consacrait  un  article à lartiste rémoise Gladys Hulot.

Il était sa muse, sa source dinspiration,  son  modèle.  Gladys Hulot  alias hYrtis, artiste  rémoise,  est  sous  le  choc  depuis lannonce, hier, du décès de David Bowie.
En décembre 2014, la joueuse de scie musicale mondialement reconnue, avait réalisé un clip sur  le  titre  « Life on Mars? », qui compte près de 170 000 vues sur Youtube. En mars  2015, le site officiel de la légende du rock  lui consacrait  un  article élogieux,  soulignant  «  un  merveilleux  hommage »  et  « un travail   remarquable ».   Actuellement    en    Allemagne,    la Rémoise  a  bien  voulu   répondre  à   nos  questions.

Comment avez-vous appris la nouvelle?

Je peine encore à croire ce qui vient  d’arriver.  J’ai  appris  la nouvelle lundi matin à 8  heures  par  de  nombreux  messages attristés. J’ignorais tout de sa maladie.

Que représente David Bowie pour vous?

Par son oeuvre, ses propos, sa présence, sa manière de s’imprégner  de  toute  forme  de  création,  il m’a appris plus précisément où se trouvait mon Idéal, la voie qu’il fallait suivre pour y parvenir. Pour moi, David  Bowie  est  un  « DJ du concept »:  une  sorte  d’Idéal  auquel  j ai  toujours  aspiré  plus ou moins consciemment. Il a créé un nombre incroyable de  vocations  musicales.  À  moi,  il  a insufflé, par dessus tout, le désir de  devenir  aussi  « DJ du concept ».  Ensuite,  il  est  de  ceux  qui m’ont fait assumer le besoin de façonner un personnage pour briser mes propres limites.

Parlez-nous de ce fameux clip.

Tout a commencé par la réalisation d’une reprise de « Life on Mars? ». La singularité  qui  me  frappe dans ce titre se situe dans  le  pré-refrain,  dans  la  montée  des  accords  qui  vient  briser  les  suites auxquelles l’oreille s’était habituée depuis le début du morceau.
Pendant la création de l’arrangement, j’ai étudié Bowie. C’est là que la révélation a eu lieu. Une fois le travail terminé et mixé, j’éprouvais le besoin d’exprimer  ma  version  en  images.  le  clip  réalisé image par image met en scène les paroles de la chanson sous forme de street art animé. Le thème de la  chanson  originale  repose  sur  le  constat  désabusé  d’un  monde  décevant  et  sur  l’idée  d’une ascension vers un ailleurs. J’ai  décidé  de  confronter  les  limites  dressées  par  la  désolation  d’un paysage urbain désaffecté et l’infini cosmique gagné au fil des errances le long des mus délabrés. 

Votre travail est ensuite repéré et mis en avant sur le site officiel du chanteur.

C’est la plus belle des récompenses. Quelque chose d’incroyable. On  ne  sait   jamais  comment un « hommage » peut être pris. Il arrive que le courant ne passe pas. Cette réalisation a été portée par mon amour pour David Bowie sans rien attendre ensuite.

Depuis combien de temps David Bowie vous inspire-t-il?

Je n’ai pas trop envie d’évoquer le sujet, je regrette tellement d’avoir eu  la  révélation  si  tard  que c’est un peu douloureux (j’aurais voulu « vivre avec lui » plus longtemps). Je l’ai  toujours  admiré depuis que je l’ai découvert dans le film « Moi,  Christiane F;  13 ans,  droguée,  prostituée »  (j’en avais 12). Mais la vraie révélation est venue plus tard, en lisant  des  biographies  d’Iggy Pop  pour qui il a énormément compté. Lorsque j’ai terminé le clip, j’ai écrit au site « The Creators Project »  qui a vraisemblablement relayé l’information à David Bowie qui a manifestement apprécié.

Et si vous l’aviez rencontré…

J’aurais aimé lui dire qu’il est mon prof de vie, qu’il me tire vers le haut. Et  j’aurais  emmené  ma lame avec moi… La lame exprime des  émotions  que  les  mots  écorchent  parfois.  Elle  m’aurait escortée.
Pouvoir jouer mon cover de « Life on Mars? » accompagné du clip sur une grande  scène  serait  le meilleur hommage que je  rêverais de lui faire.

Le clip en boucle dans une rue de Los Angeles

Du 6 au 18 mai 2015, lors de la Cienega Design Quarter, une exposition annuelle  prestigieuse  à Los  Angeles,  deux  designers,  Daelen  Cory  et  Paul  l’espérance,  ont  invité  Gladys  Hulot  à participer à leur projet après avoir découvert son clip/cover de « Life on Mars? »
« mon clip passait en boucle dans une rue de Los Angeles. Il fut diffusé dans un journal consacré au street art à Brooklyn, relayé par d’autres médias étrangers… Mon travail n’a jamais bénéficié d’autant de visibilité. Enfin, l’article publié sur le site du chanteur a mis sur ma route un  homme extraordinaire, généreux, passionné par David  Bowie:  Jérôme  Soligny,  conseiller   éditorial au magazine Rock and Folk .»